Collection d\'Arnell Andrea (juin 1997)

Collection d'Arnell-Andrea Band

I Automne et affliction.

Fin 1986, on pouvait lire dans les entrefilets du mythique magazine new-wave L'Equerre (n°5) qu'un jeune groupe du Loiret était en pourparlers avec le label londonien 4AD (DEAD CAN DANCE, COCTEAU TWINS, WOLFGANG PRESS...), et dans le petit fanzine Tropique du cancer de Montargis que ce groupe nommé COLLECTION D'ARNELL-ANDREA d'après ses fondateurs : Jean-Christophe D'Arnell et Eric et Pascal Andrea était l'un des espoirs de la scène cold-wave française. Malgré les attentes du groupe, 4AD ne réagit pas favorablement et c'est un autre label anglais VALOTTE RECORDS qui permet la sortie d'un premier mini album de quatre titres «AUTUMN 'S BREATH FOR ANTON'S DEATH». Nous sommes en 1988 et COLLECTION D'ARNELL-ANDREA impose d'ors et déjà un univers unique, sombre et mélancolique. Les mélodies lancinantes rappellent successivement DEAD CAN DANCE et HEAVENLY BODIES, les lamentations de Chloé St Liphard alliées aux voix masculines tissent un écheveau sonore somptueux. Les synthétiseurs, la basse rampante et la boite à rythmes combinent leur froideur pour saper tout espoir, les sanglots règnent.
En France seuls quelques initiés goûtent les premiers pas du groupe, heureusement le label LIVELY ART (créé par l'un des membres de NEW ROSE) voué aux musiques électroniques, wave et bientôt rattaché au terme «touching pop» est en pleine expansion et ne tarde pas à signer COLLECTION D'ARNELL-ANDREA, en même temps que d'autres groupes prometteurs comme ASYLUM PARTY, LITTLE NEMO... Les parrains du label sont les AND ALSO THE TREES, qui permettent à LIVELY ART de décoller grâce aux ventes de «ET AUSSI LES ARBRES», première référence du label.
«UN AUTOMNE A LOROY» paraît en 1989, ce premier véritable album est un enchantement; un violoncelle rehausse les éléments déjà présents, tandis que la voix de Chloé prend une place déterminante passant du registre lamentatoire à des envolées en échos stratifiées comme chez COCTEAU TWINS occultant la voix masculine des débuts. L'atmosphère automnale et nostalgique qui entoure les photographies de l'abbaye de Loroy se retrouve transcendée lors des concerts où le groupe joue fantômatiquement, Chloé cachée dans l'ombre à la lisière de la scène, Jean-Christophe D'Arnell imposant l'aspect martial des rythmiques sur ses claviers, Carine Grieg (remplaçante de Thierry Simonnet) nappant de ritournelles lunaires la linéarité endeuillée du jeu de basse de Peter Rakoto, enfin Xavier Gaschignard au violoncelle unissant l'ensemble. La projection d'un film sur l'abbaye de Loroy instaure définitivement un climat émotionnel unique.
En 1990, le groupe participe à la compilation «13» de leur label, le titre Anton's mind getting blind est en fait une version retravaillée de Collection du mlp de 1988 avec adjonction du violoncelle. La sortie de la vidéo prolongeant cette compilation intitulée «LOVELY HEART» (en 1991) leur permettra de réaliser un clip de Une attente douleur.

II Nostalgie sinueuse.

A l'automne 1990, «AU VAL DES ROSES» confirme la veine mélancolique du premier album. Esthétiquement la pochette reprend la même structure que le premier album, trait caractéristique du groupe qui ne se démentira pas par la suite; le design confié à Vincent Lacape épouse à la perfection la musique du groupe. La production sonore est à nouveau conduite par le groupe avec Sylvain Leboucher à l'enregistrement. Cette cohésion favorise un aboutissement artistique qui confère à cet album un classicisme extrême conduisant COLLECTION à l'apogée de son style. L'aspect concentrique de l'évolution du groupe dissuade ceux qui nombreux avaient encensé le premier album (presse étrangère et française), seuls les fanzines cold et dark s'enflamment pour ce nouvel album qui demeure aujourd'hui le plus abouti par sa concision, sa cohérence et son intégrité artistique. Une attente douleur, lente complainte funèbre et lumineuse de pureté envoûte et entretient le coeur d'un murmure déchirant et consolateur.
Les concerts qui suivent proposent désormais des projections multiples d'images anciennes traversant la musique comme des échos nostalgiques et intimes; les rencontres aléatoires entre sons et images alimentent la rêverie éveillée du spectateur. Catherine Marie de OPERA MULTI STEEL ne tardera pas à rejoindre le groupe pour orchestrer ces projections.
Début 1991, le fanzine Prémonition (n°7) offre à ses lecteurs un cds qui contient une version tortueuse et émaillée de guitares de Une attente douleur (Mahan's version); le choc auditif enthousiasme par sa radicalité, les détracteurs reprochant au groupe son immobilisme, rentrent leurs griffes et capitulent. Tout le monde pense au prochain album de COLLECTION, plus personne ne sait à quoi s'attendre.
En 1992, paraît «LES MARRONNIERS», l'inspiration est plus nostalgique que jamais, des bribes de l'enfance sont enlichenées de fragments d'un passé mythique; des arabesques à la basse et dans les rythmes orientalisent l'atmosphère mélancolique de la Sologne. Les choeurs alanguis mêlés à une inspiration décadente et précieuse font des onze titres de l'album une fresque sépia toute entière vouée à l'exaltation des verts paradis enfantins. Le pré dormant inaugure une veine plus immédiatement accessible qui augure de changements futurs. Le bassiste Franz Torres-Quevedo remplace Peter Rakoto.
Des oscillations invisibles préparent une nouvelle période.

III Apreté et tourments.

Alors qu'en France le groupe n'accentue pas sa popularité, en Allemagne ils jouent au festival gothique de Leipzig devant près de 2500 personnes; leur présence sur des compilations dark-wave «THE MYTHS OF AVALON» (TALITHA), «HEAVENLY VOICES PART TWO» (HYPERIUM)... leur offre un public renouvelé issu de toutes les scènes dark d'Europe. Le morceau présent sur la compilation HYPERIUM: L'Aulne et la Mort permet d'apprécier leur nouvelle orientation, le rythme est soutenu, des incursions électriques sirènéennes captent les tourments.1994, «VILLERS-AUX-VENTS (février 1916)» comble enfin les attentes, l'album est entièrement dédié à la Grande Guerre, textes et images renvoient à cet univers d'attente, de mort et de non-sens. Entre temps, leur label LIVELY ART a fait faillite, NEW ROSE tente de survivre au naufrage avant d'être récupéré par WMD; pour COLLECTION alors prisonnier d'un contrat, les opportunités de signer avec des labels comme HYPERIUM s'éloignent (RISE AND FALL OF A DECADE, SPEAKING SILENCE et CLAIR OBSCUR profitèrent de ce moment pour signer en Allemagne). Ainsi, c'est sur une structure bancale que paraît le nouvel album; la promotion est chaotique à cause de tous ces événements, Malgré tout, les échos critiques sont excellents. Les guitares se font omniprésentes: déchiquetées, crissantes ou acoustiques venant contrecarrer l'aspect évanescent des claviers et de la voix; le violoncelle serpente avec rage sur des titres comme Les Cendre-Lisières. Les lancinantes complaintes n'ont pas disparu pour autant, des rythmes incantatoires rappellent les affinités d'autrefois (Les Parvis Déserts), d'ailleurs le titre final L'Ornière ne cesse de dresser des échos majestueux à l'inexorable marche funèbre The protagonist de DEAD CAN DANCE; le choeur final est un sommet, les voix des musiciens relayant Chloé, le violoncelle les unissant de sa voix plaintive. Le mysticisme de ces morceaux n'est pas sans rapport avec la voix passionnée et noyée de lumière de Soeur Marie Keyrouz, voix vivante et pourtant immatérielle à qui Chloé voue un «culte». Hormis l'apparition de guitares qui enrichissent le son du groupe, des titres comme Deaf or Crazy ou LeRavin des Fontaines sonnent nettement pop et simplistes corrompant en cela la cohésion esthétique de l'ensemble de l'album et laissant craindre un relâchement de l'inspiration; même la voix semble se perdre sur ces titres. Pour la première fois, COLLECTION fait appel à Gilles Martin (MINIMAL COMPACT, DOMINIQUE A...) pour l'enregistrement, ce qui explique peut-être les nouvelles orientations sonores, ou tout au moins une vision différente des possibilités artistiques en studio.
Après une absence de deux ans; fin 1996 l'album «CIRSES DES CHAMPS» rompt le silence de façon tonitruante, pour la première fois le groupe s'émancipe d'une trajectoire jusqu'à lors parfaite en prenant le parti d'opter pour la tendance «dure» de son répertoire: Une attente douleur (Mahan's version) ou encore Les Cendre-Lisières, toutes épines dehors. Le thème choisi d'un herbier allant de L'Ivraie à L'Armoise n'augurait pourtant pas d'une telle violence; même la pochette, une peinture de Nicolas Mécheriki, laissait pressentir des terres de rêveries. La surprise passée, une impression d'asphyxie sonore ressort de l'écoute, tant les morceaux regorgent de fracas soniques de guitares; désormais libéré de la basse (remplacé par Stephan Kehlsen) Franz peut à loisir déchiqueter nos oreilles de ses assauts acides et râpeux. Le jeu de basse est plus doux et ondulant, les rythmiques perdent en rigidité et en sévérité ce qu'elles gagnent en suavité et en dynamisme, la production sonore de Gilles Martin regorge de détails (trop?) qui strient de mille écorchures les atmosphères jadis hiératiques de COLLECTION. L'album est tel un roncier, difficile à franchir d'un trait, les coeurs transis des fanatiques du groupe saigneront plus encore que les autres en parcourant ces terres soudain devenues inhospitalières là où autrefois ils pouvaient s'isoler de la lumière trop crue du jour.
De refuge forestier, la musique de COLLECTION est devenue une lande ravagée par les orages; ne s'enfermant plus dans une adolescence enfiévrée de nostalgie, elle s'érige guerrière farouche et singulière au devant des faux-dieux pantelants qui condamnent la musique à n'être qu'un produit stérilisé.
Le groupe a actuellement deux projets: réaliser un enregistrement plus acoustique dans la lignée de l'album «LES MARRONNIERS» avec piano, voix et violoncelle; et un projet beaucoup plus électrique. Pas de nouvelle, par contre, de la musique qu'ils avaient réalisé pour un film...

Stanislas



Discographie

Exposition eaux-fortes et méandres (2007)
The bower of despair (2004)
Tristesse des Mânes (2002)
Concert à l'Astrolabe (Orléans) 20 janvier 2001 (2001)
Coll AGE 1988-1998 (1998)
Cirses des Champs (1996)
Villers-aux-vents (Février 1916) (1994)
Les Marronniers (1992)
Au val des roses (1990)
Un automne à Loroy (1989)
Autumn's Breath for Anton's Death (1988)